Aqualud, le parc aquatique du Touquet-Paris-Plage ouvert en 1985, a fermé ses portes en 2019 après l’abandon du site par son exploitant. Depuis, la parcelle de 8 000 m² posée sur le front de mer est restée une friche. La question de sa reconversion dépasse le simple remplacement d’une attraction touristique : elle engage des enjeux fonciers, littoraux et urbains que la commune doit traiter simultanément.
Maîtrise foncière publique : ce qui a changé en 2025
Le tournant du dossier n’est ni architectural ni touristique. Il est juridique. En mars 2025, la ville du Touquet est redevenue propriétaire du terrain, après des années de procédures contre l’ancien exploitant. Ce basculement de la maîtrise foncière transforme le champ des possibles.
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Tant que le site appartenait de facto à un opérateur privé défaillant, la commune ne pouvait ni démolir, ni sécuriser, ni attribuer le foncier à un nouveau projet. La reprise en main publique signifie que la municipalité peut désormais lancer un appel à projets, imposer un cahier des charges ou décider d’un usage temporaire.
Le tribunal de commerce de Poitiers a validé en novembre 2025 la totalité de la créance de la ville : l’ancien propriétaire LB Investissement doit verser plus de 11 millions d’euros à la mairie. Cette décision consolide la position financière de la commune pour engager les travaux de remise en état du site.
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Projet hôtelier au Touquet : pourquoi la contestation porte sur la digue
Un projet d’hôtel de luxe a été évoqué pour remplacer l’ancien parc aquatique. Cette perspective a provoqué une mobilisation locale visible dès l’été 2025, avec une centaine de personnes rassemblées en août pour contester le principe même d’une construction hôtelière sur ce site.
L’opposition ne se limite pas à un refus de l’hôtellerie haut de gamme. Une partie des habitants s’inquiète pour l’avenir de la digue et la sécurité côtière. Le site d’Aqualud est posé directement sur le front de mer, dans une zone exposée à l’érosion et aux submersions. Construire un bâtiment lourd à cet endroit soulève des questions que le seul droit de l’urbanisme ne tranche pas :
- La loi Littoral encadre strictement les constructions en bord de mer, et plusieurs recours ont déjà été déposés contre le projet hôtelier – six au total selon les sources disponibles.
- La stabilité de la digue conditionne la viabilité de tout bâtiment construit sur cette parcelle, quel que soit son usage.
- Le trait de côte dans cette portion du littoral du Pas-de-Calais évolue, ce qui rend toute projection à trente ou cinquante ans incertaine.
Le débat local mêle donc urbanisme, risque littoral et choix de destination touristique. Ces trois dimensions ne peuvent pas être traitées séparément.
Requalification du site Aqualud : entre sécurisation et embellissement
La municipalité a engagé une phase intermédiaire qui ne correspond ni à une reconstruction ni à un projet définitif. Les travaux en cours portent sur la sécurisation et l’embellissement du site, c’est-à-dire la démolition des structures dangereuses laissées à l’abandon depuis 2019 et la mise en état de la parcelle.
Cette étape, financée par la commune elle-même en attendant le versement de la créance judiciaire, permet de rendre le front de mer présentable sans figer l’avenir du terrain. La ville se donne ainsi le temps de la décision.
Le récit médiatique autour du site a d’ailleurs sensiblement évolué. On ne parle plus de « relancer Aqualud » ou de « rouvrir un parc aquatique ». Le vocabulaire dominant est celui de la requalification urbaine : il s’agit de transformer une friche en un espace compatible avec les contraintes du littoral et les attentes des habitants.

Aqualud patrimoine du Touquet : la mémoire d’un lieu qui pèse sur le projet
Aqualud n’était pas un équipement interchangeable. Avec sa pyramide de verre reconnaissable, le parc a accueilli jusqu’à 200 000 visiteurs par an à son apogée dans les années 1990, après la reprise par Laurent Bruloy. Il a fonctionné pendant plus de trente ans et marqué plusieurs générations de vacanciers sur la Côte d’Opale.
Les articles récents traitent désormais le dossier comme un objet patrimonial et mémoriel, pas seulement comme une friche commerciale à recycler. Ce glissement a une conséquence concrète : tout projet de remplacement sera jugé non seulement sur sa rentabilité ou sa conformité réglementaire, mais aussi sur sa capacité à respecter l’identité du lieu.
C’est une contrainte supplémentaire pour la commune. Un hôtel cinq étoiles, un espace public paysager, un équipement de loisirs repensé : chaque option sera comparée à ce que représentait Aqualud pour le Touquet-Paris-Plage. Le choix final devra composer avec cette dimension affective, difficile à quantifier mais très présente dans les mobilisations locales.
Scénarios possibles pour le front de mer du Touquet
Aucune décision définitive n’a été annoncée à ce stade. La commune dispose maintenant du foncier, d’une créance validée par la justice et d’un site en cours de sécurisation. Plusieurs directions restent ouvertes :
- Un projet hôtelier revu, avec un gabarit et un positionnement adaptés aux contraintes littorales et aux recours en cours.
- Un aménagement public (esplanade, jardin, espace événementiel) qui prolongerait la digue sans construire de bâtiment lourd.
- Un équipement mixte associant loisirs et activités touristiques, dans une logique de requalification compatible avec la loi Littoral.
Le nombre de recours déjà déposés contre le projet hôtelier initial suggère que la voie judiciaire n’est pas terminée. Le calendrier dépendra autant des tribunaux que des choix politiques locaux.
Le site de l’ancien Aqualud ne renaîtra probablement pas sous sa forme d’origine. La question n’est plus de savoir si le parc aquatique reviendra, mais quel usage du front de mer la ville parviendra à imposer face aux contraintes juridiques, environnementales et à l’attachement des habitants à ce morceau de littoral.

