On imagine souvent les histoires d’amour d’Elvis Presley comme une succession de romances éclatantes, mais la vérité se niche ailleurs. Cette vérité, plus intime, s’est tissée bien avant que Priscilla Beaulieu ne croise le chemin du roi du rock en Allemagne, alors qu’elle avait 14 ans et lui, dix ans de plus. Elvis et Priscilla, qui deviendra plus tard Priscilla Presley, uniront leurs destins en 1967. Ensemble, ils auront une fille, Lisa Marie Presley, mais leur mariage s’achèvera en 1973. Pourtant, derrière la façade de ce couple mythique, un autre amour prime, silencieux, indéfectible : celui qui liait Elvis à sa mère, Gladys Presley. L’auteur Eric Wolfson le dévoile sans détour dans son livre From Elvis in Memphis, un nouvel opus de la collection 33 1/3.
Entre Elvis et Gladys, un lien hors du commun
Dans son ouvrage, Wolfson ne laisse pas planer le doute : Elvis a incarné le « garçon de sa maman » jusqu’au bout des ongles. La disparition de son frère jumeau à la naissance n’a fait que resserrer la relation mère-fils, la rendant unique, parfois fusionnelle. Peter Guralnick, relayé par Wolfson, raconte cette confidence de Gladys : « Lorsque l’un des jumeaux est parti, celui qui restait a hérité de la force des deux. » Pour elle, Elvis ne comptait pas pour un seul, il représentait deux vies réunies en une.
Entre eux, le lien frôlait la dépendance. Wolfson parle d’une relation « douce à en être maladive ». Mère et fils avaient même inventé un langage secret, bourré de surnoms et de codes que nul autre ne pouvait déchiffrer. Ce babillage tendre, Elvis le prolongea longtemps, même adulte, pour s’adresser à Gladys, une manie que Linda Thompson, plus tard sa compagne, a pu constater. Au sein de leur maison, la complicité dépassait largement les contours habituels d’une famille.
Vernon Presley, le père, souvent mis à l’écart
Cette relation privilégiée eut un effet collatéral : Vernon Presley, le père d’Elvis, passait souvent au second plan, spectateur de la fusion maternelle. Après un séjour en prison survenu dans l’enfance d’Elvis, Gladys s’est retirée dans sa bulle maternelle. D’après Dixie Locke, la première histoire sérieuse du jeune Elvis, l’équilibre familial était limpide : Vernon semblait hors jeu. Un duo s’était formé, éclipsant le père, relégué à un rôle presque secondaire, comme si le fils endossait l’autorité parentale et que Vernon redevenait l’enfant du foyer.
Wolfson estime que chaque décision, chaque grand geste d’Elvis découlait de son désir de plaire à sa mère. Gladys portait à ses yeux un amour incomparable, éclipsant les autres femmes, qu’elles soient amoureuses, amies ou partenaires de scène. Rien n’était trop grand pour la mère d’Elvis, que le chanteur considérait comme la référence ultime.
Priscilla Presley : lucide face à la mémoire de Gladys
Priscilla et Elvis ont formé un couple suivi à la loupe, mais Priscilla n’a jamais prétendu être la seule à régner sur le cœur du chanteur. Leur histoire débute moins d’un an après la mort de Gladys. Dès le départ, Priscilla a perçu que le souvenir de cette femme serait toujours là, inamovible, insurpassable.
Dans ses mémoires publiés en 1984, Priscilla raconte à quel point Elvis parlait fréquemment de sa mère, jusqu’à évoquer Gladys après leur première nuit ensemble. Pour la jeune femme, un constat s’impose : Gladys occuperait toujours une place inaccessible, celle que personne ne pourrait jamais égaler.
Wolfson va droit au but : Priscilla a su gagner Elvis pour un temps, mais face à l’ombre de Gladys, elle n’a jamais été véritablement en lice.
La mort de Gladys à l’été 1958 a laissé Elvis presque hébété. Wolfson rapporte qu’il l’a confié devant la presse, incapable de retenir ses pleurs durant les funérailles. Des témoins racontent un homme effondré, comme amputé de sa force. Après ce deuil, plus rien n’a vraiment été pareil pour lui.
Derrière le vernis des histoires d’amour et la légende du king, c’est là que se cache le vrai roman d’Elvis Presley : dans ce lien maternel dont la disparition n’a jamais cicatrisé la faille. Et peut-être, finalement, dans cette déchirure qui a façonné l’homme et l’icône, bien au-delà des projecteurs.



