Quel saint parlait aux animaux ?

11
Partager :

Dans notre section mensuelle « Une question à la foi », qui fait écho au programme du RCF-Bruxelles*, Christophe Herinckx tente de répondre aux questions que tout le monde a sur la foi chrétienne. Cette semaine : « Y a-t-il une autre vie pour les animaux ?

Les animaux ont-ils une âme ?  »

Si vous l’entendez littéralement, oui, par définition, les animaux ont une âme. Le mot alma, dérivé du latin anima, se réfère précisément à ce qui anime un corps, lui donne la vie. Ainsi, par définition, chaque être vivant a une âme. Pour Aristote, le grand philosophe de l’antiquité (384-322 avt. J.-Chr.), même les plantes ont une âme, parce qu’elles sont des êtres vivants.

Mais pour Aristote et saint Thomas d’Aquin le suivant (1225-1274), seule l’âme spécifiquement humaine est dotée d’esprit. L’homme est, car, le seul être vivant doté d’intelligence, semble aujourd’hui conscience.

A découvrir également : Comment s'habiller pour aller au collège ?

Si les animaux ont une âme, est-ce la même âme que nous ? En Occident, en particulier dans les milieux chrétiens, c’est une question qui s’est posée récemment. Les animaux ont-ils une conscience, une forme d’intelligence, ou même une âme immortelle, c’est-à-dire quelque chose qui survit en eux après la mort ? Dans d’autres spiritualités, comme l’hindouisme ou le bouddhisme, on a une idée différente de la question : chaque être vivant a le même genre d’âme, qui est une étincelle de divinité.

Est-ce que la Bible parle d’âme ?

La Bible connaît vraiment une notion d’âme (néphesh), qui correspond à la dimension « immatérielle » de l’homme, mais ne peut être séparée de son corps, de sa dimension « matérielle ». Mais la notion d’âme en Occident vient de la philosophie grecque, Aristote et Platon. Pour ce dernier, l’âme est d’une essence différente du corps, immortelle, vivant dans le corps comme dans une prison.

A lire en complément : Qui a l'apparence d'un être humain ?

Dans cette conception, l’âme est fondamentalement séparée du corps. En outre, sous cette influence platonique, depuis les premiers siècles du christianisme, et jusqu’au XXe siècle, on considérait généralement que, quand une personne meurt, son âme immortelle survit.

Cette compréhension de l’âme est-elle biblique immortelle ? En tout cas, même si l’homme n’a pas d’âme immortelle, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas au-delà de la mort pour lui. Parce que, en fin de compte, c’est Dieu qui lui donne la vie, c’est Dieu qui est le principe vital de l’homme. Donc, s’il y a une vie après la mort, c’est parce que personne ne vit en Dieu.

Y a-t-il aussi une vie après la mort pour les animaux ?

Dans le Christianisme, cette question n’a jamais été vraiment décidée. Dans la Bible, on ne parle pas beaucoup d’animaux, contrairement aux autres religions. D’autre part, saint Paul écrit que toute la création attend la révélation des enfants de Dieu (Romains 8:19). Dans le Nouveau Testament, nous trouvons l’idée qu’à la fin de l’histoire, l’univers tel que nous le connaissons aujourd’hui ne disparaîtra pas pur et simplement, mais sera transfiguré, transformé de l’intérieur. On pourrait dire que ça va être complètement spiritualisé.

Par conséquent, cette question a du sens : les animaux feront-ils aussi partie de cette nouvelle création ? Jusqu’à présent, cependant, cette hypothèse n’a guère été développée par les théologiens chrétiens.

Dans son encyclique Laudato Si (2015), le pape François explique que, depuis des siècles, les animaux ont été considérés comme des objets pratiquement, ce qui n’avait de sens que par rapport à utilisation de l’homme, mais que les animaux doivent également être considérés pour eux-mêmes. Cette idée est assez nouvelle. Elle n’avait jamais vraiment évolué dans la tradition chrétienne, même si elle n’était pas absente.

Dans certaines religions, il est interdit de tuer des animaux, de les nourrir. Et le christianisme ?

Dans le christianisme, on n’est pas si exigeant à ce sujet. D’autre part, il y a des indications très intéressantes dans la Bible sur le végétarisme. Dans le premier des deux récits de la création, dans le livre de la Genèse (Genèse 1 — 2,4), il est précisé que Dieu donne des plantes pour nourrir les animaux et les hommes. Cela signifie que dans le « plan » de Dieu pour la création, il n’était pas prévu que les animaux puissent servir de nourriture à l’homme. Il y a donc une forme de végétarisme présente au tout début de la Bible.

Quand un progrès dans la lecture du même livre de la Genèse, nous trouvons l’histoire du déluge dans les chapitres 6 à 8. Dieu, face à la violence omniprésente dans le monde, décide de le submerger par les eaux. Noé et sa famille rassemblent ensuite quelques espèces animales dans son arche, ce qui est comme une image de salut, qui concerne également les animaux. Les occupants de l’arche formeront les semences d’une nouvelle création, et d’une alliance avec l’humanité par Noé et ses descendants. Et c’est là que Dieu permettra aux hommes de manger des animaux. Un peu comme si Dieu voulait canaliser la violence qui est dans l’homme. Cependant, les êtres humains ne peuvent pas consommer le sang qui, dans la Bible, représente le principe vital. À cet égard, une forme de respect pour l’animal est préservée, même s’il est mangé.

Aujourd’hui, comme d’autres spiritualités, nous poussons plus loin la logique : nous redécouvrons que les animaux sont des êtres dotés de sensibilité ou même une forme de conscience. Par conséquent, ne devrions-nous pas, en tant que chrétiens, les considérer frères et sœurs, même si ce n’est pas dans la même mesure que nos semblables humains ? En ce sens, saint François d’Assise (1182-1226) est un exemple surprenant. Il considérait toute la création comme un être vivant, et les animaux comme ses frères et sœurs, ainsi que le soleil, la lune…

Comment comprendre que nous, Occidentaux, avons parfois été loin dans la violence animale ?

Bien que le manque de respect pour la création et les animaux soit né dans le contexte judéo-chrétien, il n’est pas conforme à la tradition de l’Eglise, comme l’a rappelé le pape François. Historiquement, le mépris de la création est né plutôt des origines des temps modernes. Pour le philosophe Descartes (1596-1650), l’animal est une sorte de mécanique, incapable de sensibilité ou de souffrance. Non âme, donc, selon lui, dans les animaux. Et d’ailleurs, pour lui, la nature n’est pas quelque chose de vivant.

C’ est ce concept qui a par la suite conduit à l’industrialisation de nos pays et à l’exploitation puis à la surexploitation de la nature. La Terre est alors considérée comme une source inépuisable d’énergie, quelque chose qui peut être utilisé à volonté pour le bien de l’homme. Mais il finit par se retourner contre elle, cela conduit à la destruction de nombreuses espèces animales et végétales, à une pollution catastrophique. Aujourd’hui, les chrétiens — y compris nos pasteurs et nos théologues — sont de plus en plus conscients de la nécessité d’une écologie intégrale, ce qui implique le respect de la création.

Les gens qui ont un lien spécial avec un animal de compagnie ont-ils la possibilité de le trouver dans le ciel ?

La question reste ouverte : existe-t-il un vie possible après les animaux ? la Bible ne décide pas de cette question, mais elle ne s’oppose pas non plus à cette idée. Peut-être, dotés d’une forme de conscience, les animaux ont vraiment accès à une forme de survie après la mort. C’est une réelle possibilité. Tout comme nous nous trouverions mal à vivre en communion avec Dieu, pour l’éternité, sans les gens que nous aimons, pourquoi pas aussi le cas des animaux ? Surtout quand nous pensons à l’attachement de certains animaux à leur maître. Il y a une sorte de capacité d’amour dans ces êtres vivants…

Christophe HERINCKX

* Retrouvez l’émission « Une question à la foi » mercredi à deux heures à 16h au RCF Bruxelles (107,6).

Partager :